Il y a des jours où rien ne va.
Et ces jours là, je repense à ces moments volés dans les hôtels où seul le bain ou la douche me lavaient de mon infidélité passagère, de mon mal-être au sein d’un couple qui ne fait plus qu’un, mais qui se rapproche inéluctablement de deux individus bien distincts.
Je me demande souvent si je ne suis pas une éternelle insatisfaite ? Lorsque je fais le bilan de ma vie, je me dis que j’ai tout pour être heureuse : je suis indépendante avec une bonne autonomie financière, j’ai une petite fille adorable et nous sommes toutes les deux en bonne santé.
Alors que demander de plus ?
***
En reprenant la voiture hier en fin d’après-midi, avec ma petite fille sagement assise sur son siège-auto, j’ai eu un début de sanglot.
En effet, comme tous les dimanches depuis plus d’un an maintenant, mon ex et moi nous nous croisons sur les aires d’autoroutes, les Mac Do ou autres Arches. Nous prenons un verre, un goûter ou un dîner, c’est selon l’heure et nous discutons du week-end passé ou de la semaine qu’il a eue avec notre fille. L’entente est souvent cordiale, voire même amicale, voire plus encore car je ressens une immense tendresse envers celui qui m’a certainement le plus aimée d’entre tous.
Cette fois, les larmes me sont venues lorsque ma puce nous a demandé de nous asseoir tous les deux sur un petit tabouret posé près d’une mini bibliothèque et une mini table : “Maman là” me fit-elle en me montrant la place. Je ne pouvais pas, je devais aller aux toilettes ce qui m’arrangeait bien. Elle insista donc avec une douce autorité auprès de son papa : “Papa là” en tapotant de sa petite main le tabouret vert fluo aux trois pieds. Il s’y installa l’air ravi, en me regardant, complice. Je leur fis un faible sourire et alla me rafraîchir les idées aux cabinets.
Je vis donc de dos, mon ex, plié en trois pour pouvoir s’asseoir sur cette petite chose en plastique certes, mais tout de même solide. Ma petite fille s’installa près de lui, ils lisaient ensemble une bande-dessinée.
A ce moment là, un pincement au coeur vint ébranler ma certitude d’avoir fait le bon choix.
J’aurais voulu que cette scène dure toute une vie, que ma fille ne soit jamais en manque de son père. Que chaque soir, il lui fasse la lecture ou qu’elle lui montre à quel point elle avait fait des progrès. J’imaginais cette bibliothèque dans une maison, avec une grande cheminée, alors que le vent souffle et qu’il fait un froid de canard. Je me voyais en train de les observer de la cuisine, une cuillère en bois à la main, le ventre rebondi sous un tablier tâché de sauce tomate.
Un ventre rond, rond de six mois, avec à l’intérieur, un petit frère ou une petite soeur pour ma petite fille…
Il y a des jours comme aujourd’hui où le temps maussade ressemble étrangement à mon état d’esprit. Et ces jours là, je me demande avec insistance : “Pourquoi nous sommes-nous quittés déjà ? ” Nous avions l’air si bien à cet instant, tous les trois.
Je ne cache pas que j’ai encore la nostalgie de cette époque où nous formions une famille heureuse…
En apparence.

19 commentaires
10 novembre, 2008 à 17:01
Et oui, justement, ce sont des apparences qui peuvent être si trompeuses…
Bonjour Agatha, je suis très contente de vous avoir découvert par le biais du blog de Hector, car vous écrivez des thèmes qui me touchent aussi. Si nous avons choisi de nous dévoiler sur nos blogs, c’est souvent parce qu’on ressent une certaine solidarité avec nos lecteurs et un soutien par des moments difficiles. En plus, on peut partager des beaux moments et des rires aussi !
Si vous aimeriez partager, critiquer ou faire des suggestions à propos de mes discussions sur l’infidélité et les doutes, les pourquoi, et les non-dit dans le couple, je vous invite de tout coeur chez moi. C’est par ici (et faites attention à la marche !) :
http://elizad.canalblog.com/
10 novembre, 2008 à 18:34
J’en ai eu la chair de poule… tes mots, ton histoire… et quelques flashs de ma propre séparation…
Note émouvante… malgré ta superbe photo mais j’avoue que mes souvenirs ont été plus forts cette fois…
10 novembre, 2008 à 20:01
Chère Agatha, vos mots se font l’écho de mon humeur saturnienne et j’aime la sincérité de cet aveu.
Choisir sa route, à la croisée des chemins, est une chose douloureuse et difficile.
On laisse derrière une multitude de petites choses dont l’absence cumulée est le terreau fertile de nos doutes et de nos regrets…
11 novembre, 2008 à 01:06
∞ presque au regret d’avoir pris du plaisir à lire dans les lignes de votre plaie, je suis comme sauvé de justesse par l’amour que – quoiqu’il se passe – vous deux portez au fruit de (feue) votre union
∞ séquence émotions…
∞
11 novembre, 2008 à 11:37
Pourquoi avoir mis cette magnifique photo sur cette souffrance criée par les mots ?
Pour souligner le contraste entre le tourbillon de plaisirs vécu dans les hotels et la lame de fond de tendresse que tu as en repensant à cette vie familiale simple et vraie ?
On a le droit de s’être trompé.
On a le droit de vouloir revenir en arrière.
Encore faut-il le désirer vraiment.
11 novembre, 2008 à 12:36
Tellement d’échos avec ce que je ressens … avec ce qui m’attends …
11 novembre, 2008 à 20:38
je trouve vos mots tres touchants, meme si certaines pages doivent parfois être tournées, je crois que parfois la nostalgie des moments passés doit être bien lourde à porter…
12 novembre, 2008 à 14:40
Beaucoup d’émotion, oui, autour de ta famille éclatée…
Et l’on comprend combien cette fracture doit te peser, surtout pour ta puce (quel âge a-t-elle ?)…
Je ne puis t’offrir qu’un sourire et de la bienveillance…
Dérisoires peut-être…
Mais sincères…
Candide
12 novembre, 2008 à 19:18
@Eliza D : Bienvenue à vous ! J’irai découvrir votre blog en temps et en heure ;-) Merci d’être passée par ici.
@La Brune : J’ai eu comme on dit un coup de blues… La culpabilité qui remonte à la surface.
@Animal en Quarantaine : Vos billets m’ont fait du bien en me divertissant dans un moment un peu triste. Mais cela va passer. Je pensais que le plus difficile était derrière moi. Hélas, il y a des jours où ce n’est pas si facile.
@Larry (on vous a reconnu ! ;-)) : J’ai la chance d’avoir un ex compagnon vraiment très compréhensif qui a préféré me rendre la liberté plutôt que de me savoir malheureuse. Il m’a beaucoup culpabilisée par rapport à notre fille mais en la voyant grandir, heureuse et pleine de vie, il s’est rendu compte que c’est mieux ainsi. Je n’étais plus que l’ombre de moi-même avant notre séparation.
@Tourneboulée : Cette photo, je l’ai mise parce qu’elle traînait dans mes archives ! ;-) Non, sérieusement, je n’ai jamais aimé me plaindre, j’ai cette pudeur qui fait que je prends souvent les choses avec beaucoup de recul et de relativité.
Cette photo est là pour illustrer ma note comme tu le soulignes si bien. La “goutte” peut provenir de différentes origines :
La goutte d’eau salvatrice
La goutte de vie (le liquide de l’Homme)
La goutte d’émotion (la larme qui vient sans que l’on n’y puisse rien)… Etc
Je sais que je ne me suis pas trompée car nous avons tenté ensemble de résoudre certains problèmes en vain. Si j’étais restée avec lui, j’aurais continué à être infidèle et je ne conçois pas de vivre toute une vie ainsi.
Après, chacun fait comme il veut ;-)
@Quine : Bienvenue à toi. Je ne sais pas où tu en es ?
@Gus : Eh oui ! Seul le temps pansera les plaies. Les séparations étaient plus “faciles” sans enfant.
@Candide : Je ne t’ai jamais vu par ici ? (Re)Bienvenu Candide ! Ma fille a 2 ans et 5 mois.
@Tous : Merci pour vos petits messages, ils me touchent vraiment. C’est un coup de cafard qui ne va pas durer. “Il y a des jours comme ça…” :-)
J’avais vraiment besoin de partager un bout de ma vie avec vous.
12 novembre, 2008 à 19:34
Ici, non.
Mais sur l’ancien blog . . .
Ingrate, va !
:o)))))
Candide
13 novembre, 2008 à 12:21
Wow. J’espère ne jamais en arriver là.
13 novembre, 2008 à 19:54
je me sents toute chamboulée ! comme votre peine est grande, tellement grande qu’elle est arrivée jusque chez moi.
Je vous souhaite du bonheur, chère Agatha
15 novembre, 2008 à 17:05
Grosse émotion en vous lisant
Il y a des moments comme ça où les circonstances peuvent vous faire douter de vos choix… Images fugaces de ce qui aurait pu être… Mais ce ne sont que des moments, justement, comme vous le dites si bien… et la route se poursuit… Tant de choses à découvrir…
Plein de belles choses à vous…
15 novembre, 2008 à 17:33
Et après, quand je te dis “jolie jeune femme”, tu vas encore me dire “vilain flatteur”… faut dire qu’avec des photos comme ça…
16 novembre, 2008 à 04:10
@Candide : Oui sur l’ancien blog tu avais fait une entrée remarquée !
@Canard Mécanique : Je l’espère aussi pour toi (et bienvenue).
@Sim : C’est gentil mais ne vous inquiétez pas, je remonte toujours la pente ! ;-) Merci en tout cas pour le bonheur, tout le monde le mérite.
@Doigt de miel : J’avais bien réfléchi avant de me séparer, ce n’était pas une décision prise à la légère. Enfin, quand je dis “je”, c’est “nous”. La décision a été prise ensemble, on voulait la meilleure solution pour notre fille. Je crois que je garderai toujours cette image en tête : notre bébé en train de pleurer parce qu’elle nous voyait en train de nous disputer. C’est arrivé une ou deux fois je crois et je me suis dit : “Plus jamais ça !”.
@Indo : La photo c’était pour faire diversion étant donné le sujet un peu triste, je souhaitais apporter un peu de “chaleur” ;-)
13 mars, 2009 à 07:30
Quand le scenario d’une vie dans sa simplicité bouleverse plus qu’un drame de Racine. Peut-on avancer dans la vie en regardant en arrière, en imaginant ? Non, il ne faut pas car on ne refait jamais l’histoire. Et ce qui compte, n’est-ce pas ce que l’on va reconstruire. Nettoyer vos ruines, servez-vous en de fondations pour une vie nouvelle choisie, peut-être plus solide et plus jolie…
13 mars, 2009 à 22:55
Bienvenue à vous Gicerilla ! C’est un réel plaisir que de vous voir ici !
Merci pour votre message. Il faut savoir en effet avancer tout droit, en passant certes parfois par des chemins tortueux, mais avancer en laissant les mauvais souvenirs derrière soi.
16 mars, 2009 à 10:22
C’est en “visualisant” des moments de ce genre, sans tricher avec les émotions qui leurs sont attachées, que je supporte les moments les plus difficiles. Ce que vous aviez sans doute fait vous-même avant de “faire ce choix”.
Que nous n’ayons pas fait le même, ne signifie pas que vous ayez fait le mauvais, ni moi le bon. Mais nous partageons au moins des interrogations sans fin, qu’il faut mettre de côté pour avancer.
24 mars, 2009 à 22:13
Bienvenue Jimi et merci pour votre message qui me touche. En effet, malgré le temps, il y a toujours des moments où je me demande encore si j’ai fait ou non le bon choix. Heureusement, le sourire de ma fille, son épanouissement, sa joie de vivre, me prouvent à quel point, j’ai eu raison de m’éloigner de ce couple trop hasardeux pour tenir au long cours.