
Je pique le Yop de ma fille, celui qu’elle préfère, celui qui est parfumé à la fraise. De toute façon, il ne sera plus bon à son retour, ou plus assez frais surtout.
Elle me manque ma biquette.
Du haut de son mètre et quelques centimètres, elle me manque.
Je me demande encore et toujours comment est-ce possible, qu’un être aussi petit, prenne autant de place dans mon coeur ? Cela fait plus d’une semaine qu’elle est partie et, au téléphone, c’est à peine si elle a voulu me parler, sous prétexte qu’elle était occupée à jouer dans sa chambre. Mademoiselle a daigné me faire des “smacks-smacks” seulement quand elle a entendu sa mamie passer l’aspirateur (elle a toujours peur du bruit que fait l’aspirateur, j’espère que cela lui passera… Sinon, il faudra qu’elle trouve un mari qui fasse aussi le ménage !)
En réalité, je préfère qu’elle ne me réclame pas, cela me rassure, me prouve que tout se passe bien. D’habitude, ma crevette aux grands pieds (“Votre pointure mademoiselle ?” “Euh… 28, à 3 ans et pas encore la demi !” J’ai dû me tromper dans les dosages, c’est pas possible !) commence à sérieusement me manquer au bout de dix jours, pas à six ou à sept, mais à dix. Peut-être est-ce le fait de savoir que mon homme a la chance d’avoir ses petits près de lui, qu’il peut les câliner à sa guise ?
Enfin, elle est entre de bonnes mains et va me revenir avec plein de choses à raconter. Les champignons qu’elle aura ramassés avec papa dans la forêt, les bonnes confitures de mamie concoctées dans la cuisine familiale, les vélos que papy répare, les blagues de ses cousins…
J’ai rangé ses chaussures d’été au fond d’un carton. Elle ne les remettra plus. Du 26 au printemps dernier, elle sera passée directement au 28 en septembre. Je me demande de qui elle tient ces grands pieds car son père chausse du 42 pour 1m90 et moi, entre 37 et 38 pour 1m65. Heureusement, elle a les pieds proportionnels à sa (future) taille.
J’espère qu’elle n’aura pas de trop grands pieds tout de même ! On verra dans une paire d’années !
Ce qui est sûr, c’est que l’automne et tout son cortège est bel et bien là. Il fait gris depuis ce matin, le ciel est si bas qu’on pourrait le toucher du bout des doigts, il pleut sans discontinuer et les feuilles multicolores volent au gré du vent ! Je n’ai pas mis le nez dehors finalement, préférant profiter de la chaleur de mes quatre murs, hésitant à chausser mes grosses chaussettes en laine de randonneurs, un pur tue-l’amour mais qui maintiennent au chaud mes pieds frileux.
C’est un dimanche à rester sous la couette, à faire l’amour, à regarder un DVD. C’est un dimanche gris et triste comme on n’en a pas eu depuis longtemps, ici.

